Rhoda Roberts AO : La leader culturelle autochtone qui a redéfini la cérémonie en Australie
Il y a un silence particulier qui s’empare d’une foule lorsqu’une cérémonie de bienvenue (« Welcome to Country ») est menée comme il se doit. Ce n’est pas qu’une simple formalité. C’est un protocole ancestral, une main tendue à travers des dizaines de milliers d’années pour honorer le sol que nous foulons. Pour des millions d’Australiens, la voix qui a fait de ce moment une part sacrée de notre vie nationale est celle de Rhoda Roberts.
Cette semaine, nous pleurons la perte d’une véritable pionnière. Rhoda Roberts AO, cette femme Bundjalung qui a offert à ce pays le langage de la reconnaissance que nous tenons aujourd’hui pour acquis, nous a quittés à l’âge de 66 ans. La nouvelle est tombée ce week-end, et si les hommages publics affluent – de l’Opéra de Sydney aux travées du Parlement – la vraie mesure de sa vie se trouve dans ces instants de calme qu’elle a orchestrés, ces espaces qu’elle a ouverts, et cette manière obstinée et magnifique qu’elle avait de refuser que l’Australie ignore qui était là en premier.
Une voix qui a changé la nation
Si vous avez déjà assisté à un grand événement à Sydney – les célébrations du Nouvel An, un concert à guichets fermés à l’Opéra, ou même un gala d’entreprise – vous avez probablement été témoin de son travail. Roberts n’a pas inventé le « Welcome to Country », mais elle s’est battue pour le sortir des marges et l’ancrer solidement dans le courant dominant. À la fin des années 1990, alors qu’elle était responsable de la programmation autochtone à l’Opéra de Sydney, elle a insisté pour qu’un « Welcome to Country » soit prononcé avant la retransmission annuelle du Nouvel An. C’était une idée radicale à l’époque. Certains cadres ont hésité, craignant que ce soit trop politique. Roberts, avec son mélange caractéristique de fermeté et de charme, a soutenu que c’était simplement une question de respect.
Elle a gagné. Et l’Australie ne s’est jamais retournée. Aujourd’hui, il est impensable d’ouvrir un grand rassemblement public sans cette reconnaissance. Ce passage, d’une idée marginale à une norme nationale, est l’héritage que Rhoda a gravé dans le tissu quotidien de nos vies.
Plus qu’une cérémonie : la guerrière culturelle
Réduire sa vie à une seule réussite serait toutefois passer à côté de l’essentiel. Rhoda Roberts était une force culturelle bien avant que cette expression n’entre dans le vocabulaire de l’Australien moyen. Elle a été journaliste, directrice artistique, commissaire de festival et ardente défenseure des récits des Premières Nations. Son influence était extraordinaire :
- Direction artistique : Elle a pris la tête du Bangarra Dance Theatre en tant que directrice artistique dans les années 1990, contribuant à faire de cette compagnie ce qu’elle est aujourd’hui, une institution de renommée internationale.
- Commissariat de festivals : Pendant 24 ans, elle a dirigé le Boomanulla Oval puis le Dreaming Festival, créant une immense et vibrante plateforme pour les arts autochtones qui attirait des foules de tous les coins du pays.
- Prowess médiatique : Elle a été une pionnière de l’audiovisuel, devenant l’une des premières femmes aborigènes à présenter une émission d’actualité nationale, exigeant que les perspectives autochtones soient entendues dans les foyers australiens.
C’était aussi une connectrice. Roberts avait cette capacité hors du commun d’entrer dans une pièce remplie de cadres et d’aînés, d’artistes et de politiciens, et de leur faire sentir qu’ils œuvraient tous pour le même objectif. Elle n’a jamais cherché à n’être qu’une voix ; elle voulait construire la table pour que d’autres puissent y prendre place.
Les fleurs sauvages du Colorado et une vie en pleine éclosion
C’est étrange – quand j’ai appris son décès, mon esprit est immédiatement allé vers une histoire qu’un ami m’avait racontée il y a des années sur son amour des fleurs sauvages du Colorado. Apparemment, elle y avait voyagé une fois et avait été frappée de voir comment les prairies, apparemment stériles, explosaient de couleurs après une pluie. Elle voyait cela comme une métaphore du renouveau culturel. Vous plantez les graines, vous préparez le sol, et un jour, lorsque les conditions sont réunies, les fleurs s’épanouissent. Et mon ami, quel jardin elle a planté ici.
Cette résilience a fait partie de son histoire dès le début. Grandir à Lismore en tant que femme Bundjalung dans les années 60 et 70, elle a fait face à un racisme institutionnel et quotidien qui aurait brisé la plupart des gens. Elle en a plutôt fait son carburant. Elle a quitté l’école tôt, a travaillé comme jackaroo, et a finalement trouvé son chemin vers Sydney, où elle a commencé à se tailler une place qui n’existait pas pour les gens comme elle. Elle n’a pas demandé la permission ; elle l’a simplement créée.
Un héritage gravé dans le sol
Les hommages de cette semaine ont été à la hauteur. Sa famille a demandé à ce que sa vie privée soit respectée, indiquant qu’elle est décédée paisiblement, entourée de ses proches, après une longue maladie. Pour une femme qui a passé sa vie à donner une voix publique à la culture, il y a une certaine justesse à ce que ses derniers instants aient été calmes, privés et entourés par sa communauté.
Avec le recul, il est difficile d’imaginer l’Australie moderne sans l’empreinte de Rhoda Roberts. Elle nous a appris que la reconnaissance n’est pas seulement une phrase que l’on débite avant un match de foot. C’est un acte de respect profond qui reconnaît les 65 000 ans d’histoire qui ont précédé le pont du port, bien avant qu’il ne soit une simple lueur dans l’œil d’un ingénieur. Elle a rendu ce pont – le pont culturel – plus solide.
Alors, rendons hommage à Rhoda. Une guerrière, une conteuse, une jardinière qui a planté des graines dans le sol le plus difficile et les a vues s’épanouir à travers le pays. Les fleurs sont maintenant partout, mon ami. Et nous continuerons à les arroser.