Mojtaba Khamenei au seuil du pouvoir : Les Gardiens de la Révolution vont-ils remettre les « clés » de l'Iran au fils du guide défunt ?
La frappe qui a visé le bâtiment de l'Assemblée des experts dans la ville sainte de Qom il y a quelques heures n'était pas qu'un simple raid militaire au cœur d'une escalade tendue. De mon point de vue, cet instant précis a été la déclaration de facto de la fin d'une ère et du début d'une autre, plus sombre et plus opaque. Alors que les missiles israéliens s'abattaient sur les lieux, les membres réunis - ou ce qu'il en reste - étaient sur le point de sceller le sort de la plus haute fonction de la République islamique. Les fuites en provenance de Téhéran et de Londres pointent toutes dans la même direction : Mojtaba Khamenei, le fils du guide défunt, est l'homme que les Gardiens de la Révolution ont lourdement pesé pour faire de lui le successeur de son père.
« L'homme de l'ombre » sort de l'ombre : pourquoi Mojtaba précisément ?
Je suis le dossier de Mojtaba Shirazi (faisant référence à ses origines familiales) depuis des années, et j'ai écrit à son sujet en le présentant comme « l'homme de l'ombre » qui gère l'empire économique de sa mère et supervise les nominations des hauts responsables de la sécurité. Ce qui s'est passé ces derniers jours n'a pas été une surprise pour un observateur avisé de la scène iranienne. La surprise réside dans la rapidité avec laquelle les cartes ont été dévoilées. Dès l'assassinat d'Ali Khamenei, le discours est passé de « l'Assemblée des experts » en tant qu'instance constitutionnelle à un « conseil sous tutelle » où Meysam Motiei et d'autres proches des Gardiens sont les véritables parrains. Les Gardiens de la Révolution savent que tout autre candidat que Mojtaba ouvrirait la porte à une guerre idéologique sur les fondements de la révolution, alors que Mojtaba garantit la continuité du « système » en alliant religion et argent.
Le bombardement de Qom : une tentative désespérée de retourner la table ?
Le bombardement israélien n'était pas aléatoire, mais visait précisément le processus de la prochaine élection du guide suprême de l'Iran. Selon des sources proches de ce qui se passe à huis clos, le bâtiment de Qom était en pleine procédure de dépouillement ou de consultations finales lorsque les avions ont survolé la zone. Téhéran a nié que le siège principal ait été visé, le qualifiant de « secondaire et ancien ». Mais les images satellites et les vidéos parvenues à notre équipe de recherche confirment exactement le contraire.
C'est là que le bât blesse : pourquoi Israël bombarderait-il un bâtiment électoral s'il était vide ? Et pourquoi Tel-Aviv annoncerait-elle avec fierté avoir perturbé le processus de dépouillement ? La réponse est simple : parce que le moment de la succession était le « talon d'Achille » du régime, et Israël a tenté d'exploiter cette faille. Mais Téhéran semble avoir été plus rapide ; l'annonce du choix de Mojtaba s'est faite sous une pression militaire et politique immédiate pour couper court à tout chaos qu'Israël ou même l'opposition interne représentée par le courant réformateur de Hassan Khomeini auraient pu exploiter.
Que signifie l'arrivée du « fils du guide » à la tête de l'État ?
Si les informations se confirment dans les prochaines heures - et je parie que ce n'est qu'une question de temps - l'Iran entre dans une toute nouvelle phase. Le transfert du pouvoir de père en fils transforme le régime de « Velayat-e faqih » (tutelle du juriste-théologien) en une « tutelle familiale ». Pour moi, c'est une transformation radicale. Il ne s'agit plus des sages parmi les grands ayatollahs, mais d'un front militaro-sécuritaire géré par une seule famille sous couvert religieux. C'est là que réside la grande opportunité commerciale et d'investissement, pour ainsi dire, pour les pays du Golfe, en tête desquels le Royaume d'Arabie saoudite :
- Sur le plan géopolitique : Un durcissement iranien accru sur le dossier nucléaire et les négociations avec l'Occident, ce qui signifie une escalade régionale supplémentaire qui pourrait redéfinir les alliances énergétiques.
- Sur le plan économique : Le maintien du contrôle du « réseau Mojtaba » sur des secteurs vitaux (du pétrole aux marchés publics) signifie que toute ouverture avec l'Iran sera conditionnée à l'approbation de ce réseau privé, et pas seulement du gouvernement central.
- Au niveau sécuritaire : Les Gardiens de la Révolution, qui ont poussé Mojtaba, deviendront les maîtres incontestés, augmentant la probabilité d'affrontements indirects avec Israël via des proxies.
L'un des détails les plus frappants a été la fuite survenue dans les couloirs de la prise de décision israélienne immédiatement après le bombardement, dont le message était : « Peu importe qui sera élu aujourd'hui, son destin est scellé. Seul le peuple iranien choisira son prochain guide. » Ce n'est pas seulement de la propagande ; c'est un aveu qu'Israël voit dans cette transmission héréditaire une opportunité d'approfondir le fossé entre le peuple et le régime. En retour, je m'attends à ce que la réponse de Téhéran soit d'accélérer le programme nucléaire comme moyen de pression et de quête de légitimité interne.
Conclusion : Nous faisons face à une « République de la peur » héritée
En fin de compte, il semble que Mojtaba Khamenei endossera le manteau de son père, mais le fardeau sera plus lourd. La scène régionale est enflammée, l'économie iranienne est au bord du gouffre, et les gens dans la rue persane sont épuisés. Pour nous dans la région, et particulièrement en Arabie saoudite, cela signifie que nous aurons affaire à un régime plus rigide et moins flexible, car il manque même de la légitimité traditionnelle dont jouissait son père. L'élection des experts était terminée avant même d'avoir commencé, et il ne reste plus qu'à observer comment le « fils » gérera l'héritage de son père dans un pays qui gémit sous le poids des sanctions et des missiles.