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Juan Miguel Zunzunegui : l'historien mexicain qui enflamme le débat sur le métissage en Espagne

Culture ✍️ Carlos Rodríguez 🕒 2026-03-20 00:18 🔥 Vues: 1
Juan Miguel Zunzunegui, historien mexicain

Si vous avez allumé la radio ou feuilleté un journal ces derniers jours, vous êtes forcément tombé sur un nom qui résonne avec force : Juan Miguel Zunzunegui. Cet historien mexicain, avec sa langue bien affûtée et ses thèses peu conventionnelles, a réussi l'impossible : rouvrir en grand le vieux coffre de la polémique sur la conquête et le métissage, juste au moment où l'on croyait le sujet définitivement enterré sous des couches de correction politique.

Ce que dit Juan Miguel Zunzunegui n'est pas nouveau pour ceux qui suivent ses travaux, mais ici, en Espagne, l'impact a été celui d'un coup de tonnerre. Son postulat est à la fois simple et provocateur : le Mexique actuel est incompréhensible sans l'Espagne. Attention, il ne le dit pas sur le ton du vainqueur, mais avec le regard d'un biologiste observant une expérience unique. Pour lui, le métissage hispano-indigène est une « expérience unique dans l'histoire de l'humanité », une fusion qui ne rentre pas dans la vision étriquée du racisme contemporain. Sans l'Espagne, soutient-il, cette expérience n'aurait jamais eu lieu.

L'« expérience unique » du métissage

Dans ses interventions, Zunzunegui a lâché des phrases qui invitent à la réflexion. L'une d'elles, qui a fait couler beaucoup d'encre, est celle-ci : « Pendant que les Mexicas vivaient leur splendeur, l'Espagne était encore dans la préhistoire ». Une provocation, certes, mais avec un fond de vérité dérangeante : les grandes cultures préhispaniques ont développé des complexités sociales et architecturales éblouissantes. Cependant, sa thèse centrale va plus loin : ce monde en a rencontré un autre, l'espagnol, et de ce choc est né quelque chose qui n'est ni l'un ni l'autre, mais une tierce chose : l'être métis.

Pour l'historien, nier l'influence espagnole est aussi absurde que de défendre la légende noire la plus éculée. Et sur ce point, ses paroles ont trouvé un écho inattendu dans la politique espagnole.

Ayuso et la « manière civilisée de voir la vie »

Comme c'est souvent le cas, l'histoire s'invite dans le présent et la politique s'en empare au vol. Il y a à peine quelques heures, Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, se démarquait des propos du Roi pour lancer sa propre interprétation : l'Espagne a apporté au Nouveau Monde « une manière civilisée de voir la vie ». La phrase, que beaucoup ont directement liée aux thèses de Juan Miguel Zunzunegui, a ravivé la flamme de la discorde.

Ce n'est pas qu'Ayuso cite l'historien mexicain, mais l'air est saturé de cette influence. La réflexion de Zunzunegui sur le métissage comme quelque chose de non pas racial, mais culturel, semble avoir donné des ailes à ceux qui revendiquent le travail civilisateur de l'Espagne, tout en irritant ceux qui y voient un blanchiment de la violence coloniale. Le débat, on le voit, est un champ de mines.

Trois clés pour comprendre le séisme Zunzunegui

  • Le métissage comme fierté, non comme honte : Pour Zunzunegui, le mélange de sang et de culture entre Espagnols et indigènes est le trait définitoire de l'Amérique latine et doit être célébré, non caché.
  • Critique du racisme des deux côtés : L'historien soutient que le concept de « race » est une construction moderne et que le métissage en Amérique a été un processus bien plus complexe qu'une simple domination.
  • Un passé qui ne passe pas : Les déclarations d'Ayuso démontrent que l'interprétation de la conquête et de la colonie reste un thermomètre de l'identité politique actuelle, tant en Espagne qu'au Mexique.

Ce qui est fascinant dans cette affaire, c'est que Juan Miguel Zunzunegui n'est ni un politicien, ni un chroniqueur comme les autres. C'est un historien avec des décennies de recherche derrière lui, qui a vendu des milliers de livres et qui sait raconter l'histoire de manière à ce qu'elle fasse à la fois mal et fascine. Et voilà que son nom est sur toutes les lèvres, des débats radiophoniques aux analyses les plus pointues du paysage médiatique.

Pendant ce temps, la conversation reste ouverte. Le métissage a-t-il été une expérience unique ? L'Espagne a-t-elle apporté une manière civilisée de vivre ou a-t-elle imposé sa culture par le fer et le feu ? Probablement, comme toute bonne histoire, la réponse n'est ni blanche ni noire, mais d'un intense couleur métisse. Et Juan Miguel Zunzunegui, que cela vous plaise ou non, est devenu l'agitateur qui a obligé tout le monde à se regarder dans le miroir.