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Budget 2026 du Manitoba : allègements fiscaux, controverse sur l’aide médicale à mourir et bras de fer sur l’action climatique

Manitoba ✍️ Catherine Porter 🕒 2026-03-25 00:45 🔥 Vues: 1
Manitoba Legislature

Voilà, c’est enfin tombé. Le gouvernement Kinew a présenté son budget 2026 le 9 mars, et si vous espériez un plan fiscal calme et sans histoires, vous risquez d’être déçu. D’un côté, des baisses d’impôt ; de l’autre, une véritable bombe politique. Oui, des mesures pour le pouvoir d’achat qui vont remettre du cash dans vos poches, c’est certain, mais aussi une polémique autour de l’aide médicale à mourir qui fait voir rouge dans les deux camps.

Commençons par ce qui est concrètement dans le document. Ce qui attire l’attention, c’est l’allégement fiscal. Le gouvernement augmente le montant personnel de base, ce qui signifie que la plupart des Manitobains vont voir leur pouvoir d’achat légèrement augmenter – environ 400 $ par an pour un ménage moyen. Il y a aussi une prolongation de la pause de la taxe sur les carburants, qui maintiendra les prix à la pompe un peu plus bas jusqu’à l’automne. À première vue, c’est le genre de mesure populiste qu’on attend d’un gouvernement néo-démocrate cherchant à se forger une image de parti de la classe ouvrière.

Mais c’est là que ça se corse. Alors que le gouvernement se félicitait de ses mesures pour le pouvoir d’achat, une lettre conjointe a atterri sur mon bureau – et sur celui de tous les autres journalistes – réclamant une action climatique plus forte. Et ce n’étaient pas juste quelques écologistes. On parle d’une coalition qui inclut les principaux groupes environnementaux, des organisations autochtones, et même certains des chefs d’entreprise les plus progressistes. Leur argument : le budget a complètement ignoré le dossier climatique. Ils voulaient une refonte de la tarification du carbone, ou au minimum, un financement conséquent pour la rénovation énergétique et les transports en commun. À la place, ils n’ont eu que du silence. Le sentiment dans ce camp, c’est que le gouvernement a trop peur de toucher à tout ce qui ressemble à une taxe carbone, même si cela signifie passer à côté de financements pour des infrastructures à long terme.

L’éléphant dans la pièce : l’aide médicale à mourir

Si vous pensez que les défenseurs du climat sont en colère, vous n’avez pas parlé à ceux qui militent pour les droits des personnes handicapées. Il y a un sentiment croissant – et je l’ai entendu de sources internes au système de santé – que le budget prépare silencieusement le terrain pour que la controverse sur l’aide médicale à mourir se transforme en une véritable catastrophe. Le gouvernement a alloué des fonds supplémentaires pour élargir les services d’aide médicale à mourir afin de faciliter ce qu’ils appellent “l’accès”. Mais pour beaucoup de défenseurs, cela ressemble à la construction d’infrastructures pour un système qui va trop vite, sans garde-fous adéquats.

La semaine dernière, j’ai discuté avec une amie qui travaille en soins palliatifs. Elle a été directe : “On nous donne de l’argent pour des coordinateurs en aide médicale à mourir, mais on manque toujours de personnel en soins palliatifs. Qu’est-ce que ça dit de nos priorités ?” La question est légitime. Et ce n’est pas qu’une anecdote. Les documents budgétaires montrent une augmentation de 15 % du financement pour la mise en œuvre de l’aide médicale à mourir, contre seulement 3 % pour le développement des soins palliatifs. Pas besoin d’être mathématicien pour voir le déséquilibre.

Logement : une occasion manquée ?

Ensuite, il y a le dossier du logement. Nous avons tous vu les manchettes sur le taux d’inoccupation à Winnipeg. C’est catastrophique. Alors quand les défenseurs du droit au logement ont lancé leur campagne pour que le budget 2026 du Manitoba investisse dans le logement pour les femmes et les personnes de diverses identités de genre, beaucoup d’entre nous pensaient que c’était l’année où ils allaient enfin remporter une grande victoire. Le gouvernement a annoncé un financement – 75 millions de dollars sur quatre ans pour des projets de logements abordables. Mais si vous écoutez les intervenants lors de l’Assemblée générale annuelle du MDC le mois dernier, ce montant est une goutte d’eau dans l’océan.

Comme me l’a dit un défenseur : “On avait besoin d’une solution d’envergure. On a eu un petit pas.” La pression est désormais sur la province pour montrer comment cet argent sera réellement dépensé. Servira-t-il à financer des services de soutien complets pour les femmes fuyant la violence ? Ou va-t-il simplement disparaître dans des frais administratifs ? Le manque de précisions dans le budget inquiète beaucoup de personnes sur le terrain.

  • Allègements fiscaux : Augmentation du montant personnel de base ; prolongation de la pause de la taxe sur les carburants.
  • Lacunes en matière de climat : Une lettre de coalition dénonce l’absence de réforme de la tarification du carbone et de financement pour les transports verts.
  • Expansion de l’aide médicale à mourir : Augmentation du financement alors que les soins palliatifs sont à la traîne, suscitant des réactions éthiques vives.
  • Insuffisance en logement : 75 millions $ annoncés, mais les défenseurs estiment que c’est insuffisant face à l’ampleur de la crise.

La confusion autour des sites de consommation supervisée

Et alors qu’on pense avoir saisi les grandes lignes du budget, il faut aussi tenir compte du bruit ambiant. Le premier ministre Kinew a multiplié les apparitions dans les médias, et franchement, il a alimenté la confusion autour des sites de consommation supervisée. On l’a vu le 9 mars. Une minute, il parle du succès du modèle des sites de consommation supervisée ; la minute suivante, il émet des réserves sur les “préoccupations des communautés”. On a l’impression qu’il essaie de marcher sur une corde raide entre la base urbaine progressiste qui veut l’expansion de ces sites et les banlieusards qui les perçoivent avec méfiance.

Et ce n’est pas aidé par ce qui se passe en ce moment en Colombie-Britannique, où l’expérimentation sur les drogues prend fin. La Colombie-Britannique revient sur son projet pilote de décriminalisation, ce qui donne aux politiciens manitobains une excuse pour faire traîner les choses et éviter toute mesure audacieuse ici. L’ambiance à la législature, c’est que personne ne veut être celui qui se retrouvera avec la responsabilité si le modèle britanno-colombien “échoue” aux yeux de l’opinion publique. Du coup, au lieu d’une stratégie claire, on a droit à des déclarations vagues et à des allocations budgétaires qui ne semblent pas correspondre au discours officiel.

Ce budget n’est pas un désastre au sens traditionnel du terme – il ne va pas faire plonger l’économie. Mais c’est un document politique classique. Il donne juste assez pour pouvoir dire qu’on a agi, tout en renvoyant les vrais problèmes – le climat, l’offre de logements et le bourbier éthique de l’aide médicale à mourir – à plus tard. Que cette stratégie tienne jusqu’aux prochaines élections dépendra entièrement de si le public achète le récit du “pouvoir d’achat d’abord”, ou s’il commence à se demander pourquoi on ne construit pas l’avenir.

Pour l’instant, si vous êtes propriétaire ou automobiliste, vous vous sentez probablement plutôt satisfait. Si vous êtes un défenseur de l’environnement, des droits des personnes handicapées ou du logement, vous êtes probablement en train de rédiger votre prochaine lettre de mécontentement. Et pour le reste d’entre nous ? On regarde simplement comment le gouvernement Kinew va gérer la pression dans les prochains mois. Ce budget n’est pas la fin de l’histoire. Ce n’est que le premier chapitre.