Panique au Morro dos Prazeres : Opération du BOPE à Rio, un chef du trafic tué et des bus incendiés
Ceux qui se sont levés tôt ce mercredi 18 à Rio de Janeiro ont tout de suite senti que la journée allait être tendue. Dès les premières heures de la matinée, le bruit des hélicoptères et des coups de feu avait déjà brisé la routine habituelle au Morro dos Prazeres, dans la zone sud. Mais ce qui a suivi, c'est ce scénario que l'on connaît trop bien, mais auquel on ne s'habitue jamais : une opération d'envergure du BOPE qui s'est soldée par la mort d'un des gros bonnets du trafic dans le secteur, et en représailles, la ville qui s'embrase — littéralement.
L'impact ne s'est pas limité au Morro dos Prazeres. Les Cariocas le savent bien : quand le BOPE monte dans une favela, la vague de violence se propage. Et cette fois, la révolte des trafiquants a pris la forme de leur tactique habituelle, mais qui sème toujours la panique : détourner et incendier des bus, en plus de bloquer les artères principales pour montrer qui fait la loi. L'Avenida Brasil, par exemple, a été plongée dans le chaos. Ceux qui devaient y passer pour aller travailler se sont retrouvés au milieu de la confusion et de la fumée.
La cible du jour et la réaction immédiate
Les informations en coulisses qui ont circulé parmi ceux qui suivent le quotidien des favelas indiquent que les hommes du BOPE sont montés au Morro dos Prazeres avec une mission bien précise. Ils étaient à la recherche d'un des chefs du trafic local, un individu qui était sous surveillance depuis longtemps. L'affrontement a été violent, et le criminel a été abattu. Sa mort a cependant servi de détonateur à une série d'attaques orchestrées par ses complices dans d'autres communautés voisines, et même dans des points stratégiques de la ville.
En l'espace de quelques minutes, le paysage a changé. On a assisté à des scènes de désespoir :
- Des bus incendiés à différents endroits des zones nord et centrale, certains ayant encore des passagers à bord qui ont réussi à s'enfuir à temps.
- Des barricades en feu dans les rues menant à des favelas comme São Carlos, Fallet et Fogueteiro, toutes liées à la même faction criminelle.
- Des tirs incessants dans plusieurs bidonvilles, forçant les habitants à se jeter à terre chez eux, loin des fenêtres.
- Des voies expresses bloquées comme la Linha Vermelha, provoquant des embouteillages monstres et faisant perdre des heures de travail aux Cariocas.
Le Morro dos Prazeres, avec son commerce local dynamique et sa vue magnifique, s'est transformé en champ de bataille. Les habitants se sont mis à poster des vidéos en masse sur les groupes WhatsApp : "ici ça chauffe grave", "les mecs descendent tous en force".
Six favelas en état de siège
Ce n'est pas seulement le Morro dos Prazeres qui s'est réveillé assiégé. Au moins six communautés de Rio ont vu le jour avec des opérations policières simultanées ou une forte présence du crime organisé en représailles. Des sources internes au secrétariat à la Sécurité ont confirmé que des agents sont sur le terrain, mais le sentiment d'insécurité a pris le dessus. Les lignes de bus ont été déviées, les gares de train et de métro ont enregistré une surpopulation avec des gens essayant de rentrer chez eux ou de ne pas aller au travail.
Tout au long de la matinée, des vidéos d'un bus en feu dans le centre-ville — à quelques mètres de bâtiments historiques — ont circulé dans tout le pays. L'image qui illustre cet article est justement celle de l'un de ces véhicules, complètement détruit par les flammes, un portrait triste et réel du quotidien de ceux qui vivent dans la "Cité Merveilleuse", mais qui connaissent aussi des jours de terreur.
Pour l'instant, aucun bilan officiel de blessés ou de morts n'a été communiqué, en dehors du trafiquant tué au Morro dos Prazeres. Mais l'atmosphère est à l'appréhension. Les écoles municipales de la région ont suspendu les cours, et les commerces ont baissé le rideau. Ceux qui vivent près du Morro dos Prazeres savent que la journée va être longue. La promesse venue du Palais est d'un renforcement de la présence policière, mais la sempiternelle histoire des "échanges de tirs musclés" continue de hanter les Cariocas.
Et nous, qui vivons ici, nous espérons juste que la poussière retombera vite. Parce qu'au fond, ce qu'on veut vraiment, c'est pouvoir marcher tranquille, prendre le bus sans peur, et que le Morro dos Prazeres soit connu pour sa beauté et sa samba, pas pour un énième jour de guerre.