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Orban contre Zelensky : le conflit entre la Hongrie et l'Ukraine va-t-il dégénérer ?

Politique ✍️ Stefan Berger 🕒 2026-03-06 17:03 🔥 Vues: 1

On connaît bien ça, les disputes de voisins : d'abord, les mots blessants fusent, puis la porte claque. Sauf que cette fois, il est question de 90 milliards d'euros, d'un oléoduc et de savoir jusqu'où un membre de l'UE peut aller pour imposer sa volonté. Le conflit entre la Hongrie et l'Ukraine a franchi un nouveau palier ces 48 dernières heures – et nous, en Autriche, nous sommes en plein milieu, du moins financièrement.

Viktor Orban et Volodymyr Zelensky en plein différend

« Parler dans leur langue » et banquiers appréhendés

Commençons par le début, même si les événements s'enchaînent. À la base, il s'agit de l'oléoduc Droujba. Il achemine du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie. Mais depuis fin janvier, c'est l'engorgement, car une station de pompage dans l'ouest de l'Ukraine a été gravement endommagée lors d'une attaque de drone russe. De sources proches du gouvernement ukrainien, on a récemment laissé entendre que les réparations prendraient au moins jusqu'à la mi-avril en raison du risque constant de nouvelles attaques. À Budapest, bien sûr, on n'en croit pas un mot et on parle officieusement d'un « blocus pétrolier » à motivation politique.

À court de pétrole, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a bloqué un gigantesque paquet d'aide européen de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine, dont Kiev a urgemment besoin pour sa défense. Ce qui a fait sortir de ses gonds le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Lors d'une réunion gouvernementale à Kiev, il a menacé Orban indirectement, mais de façon compréhensible pour tous : si le Hongrois continuait à bloquer, ses « gars » lui passeraient un coup de fil pour lui parler dans sa langue. Une déclaration comprise comme une menace très claire en Europe de l'Est.

À Budapest, on a qualifié cela d'« inacceptable ». Et puis, il s'est passé quelque chose qui a porté le conflit à un tout autre niveau. Cette nuit-là même, la police hongroise a intercepté à Budapest deux fourgons blindés de la banque d'État ukrainienne Oschadbank. Sept employés ont été arrêtés et le contenu saisi : 40 millions de dollars, 35 millions d'euros et neuf kilos d'or. L'accusation de Budapest : blanchiment d'argent. À Kiev, en revanche, on parle de « terrorisme d'État » et de « prise d'otages ».

L'affaire Raiffeisen

Et c'est là que l'Autriche entre en jeu. De sources bien informées à Kiev, on apprend que ces objets de valeur étaient transportés en toute légalité dans le cadre d'un accord avec la Raiffeisen Bank International. Un détail qu'il ne faut pas passer sous silence. Il montre à quel point ce conflit touche aussi notre pays. Il ne s'agit pas seulement de jeux géopolitiques lointains, mais de flux financiers concrets qui transitent par la place viennoise. Pour beaucoup en Hongrie et en Ukraine, c'est la preuve que l'Occident – et donc nous aussi – a pris parti depuis longtemps.

Pour ne pas perdre le fil, voici les derniers paliers de l'escalade en accéléré :

  • Fin janvier : Un drone russe endommage une station de pompage de l'oléoduc Droujba dans l'ouest de l'Ukraine. Arrêt du flux pétrolier vers la Hongrie.
  • Mi-février : En représailles, la Hongrie bloque un crédit militaire européen de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine.
  • Début mars : Orban menace de briser le « blocus pétrolier » « par la force » si nécessaire.
  • 5 mars : Zelensky réplique par la menace de l'« appel téléphonique » contre le « type » qui bloque les aides européennes.
  • Dans la nuit du 6 mars : La Hongrie arrête des banquiers ukrainiens et saisit un transfert de fonds en provenance d'Autriche.

Campagne électorale à couteaux tirés

Il ne faut pas oublier une chose : les élections législatives en Hongrie ont lieu le 12 avril. Et Viktor Orban est sous une pression énorme. L'opposition, menée par son rival Peter Magyar, est en tête dans les sondages. Orban a besoin d'un ennemi pour mobiliser son électorat traditionnel. Avant, c'était George Soros, aujourd'hui c'est Zelensky et « Bruxelles ». Que le président ukrainien lui ait offert une telle occasion en or est une aubaine pour la campagne du Fidesz. Des affiches montrant Zelensky en fauteur de guerre sont placardées partout en Hongrie.

Mais l'Ukraine joue aussi un jeu tactique. En reportant la réparation de l'oléoduc à après les élections hongroises, elle semble miser sur un changement de gouvernement à Budapest. Un pari risqué, car l'argent du crédit européen est nécessaire maintenant, pas en mai.

Un précédent dangereux

Pour nous, en Autriche et dans l'UE, cette évolution est une catastrophe. On voit ici un État membre utiliser son veto et des actions unilatérales pour mener toute l'Union par le bout du nez. La Hongrie ne bloque pas seulement l'argent pour l'Ukraine, mais aussi, récemment, le 20e paquet de sanctions contre la Russie. Et Moscou se frotte les mains. Le Kremlin courtise Orban, lui offrant il y a quelques jours deux prisonniers de guerre ukrainiens de la minorité hongroise. Ce sont des narratifs classiques : « Regardez, l'homme fort de Budapest rapatrie "nos" gens, pendant que l'Occident ne fait que parler. »

L'arrestation des banquiers et la confiscation de l'argent sont une première. Jamais un pays de l'UE n'avait ainsi ouvertement mis la main sur les biens d'un autre pays agressé par la Russie. Si cela fait école, la situation deviendra imprévisible. On ne peut qu'espérer qu'il reste encore quelques têtes froides à Bruxelles, Vienne, Budapest et Kiev, qui comprennent que cette « guerre à côté de la guerre » ne profite finalement qu'à un seul : Vladimir Poutine.

L'affaire reste donc brûlante – et dangereuse. Comme le montre ce bilan des 48 dernières heures, la situation est explosive. On ne peut conclure ce guide à travers le champ de mines politique qu'avec la recommandation pressante de suivre de près les prochains jours. Car une chose est claire : si la Hongrie et l'Ukraine ne se rabibochent pas rapidement, nous finirons tous par perdre.