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Le pari risqué de Benjamin Netanyahou : entre procès pour corruption et opération « Rugissement du Lion »

Analyse Moyen-Orient ✍️ David Cohen 🕒 2026-03-02 04:07 🔥 Vues: 5

Le week-end dernier n'a pas été un week-end comme les autres au Moyen-Orient. Pendant que nous, ici en France, feuilletions nos journaux du dimanche matin, Benjamin Netanyahou décidait de réécrire les livres d'histoire. L'annonce de l'opération « Rugissement du Lion » est plus qu'un simple point militaire ; c'est le chef-d'œuvre d'un survivant de la politique qui, contre toute attente, tient toujours les rênes. Mais ne nous faisons pas d'illusions : l'homme qui se présente comme l'homme d'État du peuple est pris en tenaille entre une guerre impitoyable sur plusieurs fronts et la 79e audience de son propre procès pour corruption à Tel Aviv.

Benjamin Netanyahu lors d'une conférence de presse

Le Lion rugit depuis son bunker

Lorsque Netanyahou a fait sa déclaration samedi, il ne l'a pas faite depuis un lieu neutre. L'opération, menée avec les Américains, est selon lui « bien plus puissante » que la guerre de juin dernier. Il ne s'est pas seulement adressé aux Israéliens, mais aussi directement aux citoyens iraniens. « Prenez votre destin en main », a-t-il déclaré, les appelant à rejeter le régime des ayatollahs. C'est du Netanyahou dans toute sa splendeur : lier la menace existentielle à un appel moral. Mais l'écho de ses paroles a été presque couvert par le bruit des drones qui, il y a moins de six mois, avaient pris pour cible sa propre piscine à Césarée. La frappe de drone contre sa résidence en octobre 2024 a été un choc sécuritaire dont il ne s'est jamais complètement remis. Le fait que le Hezbollah ait pu, à trois reprises, percer sa sécurité personnelle, alors qu'il était absent avec sa famille, reste une tache sur le bilan de son appareil sécuritaire.

Front intérieur versus front de guerre

Et puis, il y a le champ de bataille intérieur. Il est étrange de penser qu'au moment où Netanyahou annonce au monde qu'il démantèle l'axe du mal régional, il se retrouve sagement sur le banc des accusés toutes les quelques semaines. Nous en sommes désormais à la 79e journée d'audience dans l'affaire contre Benjamin Netanyahou. Les accusations vont de la fraude et des pots-de-vin dans l'affaire 4000 – où il aurait accordé une réglementation favorable à une entreprise de télécommunications en échange d'une couverture positive sur le site d'actualités Walla – à l'acceptation de cigares et de champagne hors de prix de la part d'amis milliardaires.

Sa stratégie juridique est transparente mais efficace : gagner du temps et politiser l'affaire. Sa demande de grâce présidentielle, déposée en novembre dernier, est toujours entre les mains du président Herzog. Ce dernier la fait examiner par le ministère de la Justice et refuse de se laisser bousculer, même par son ami à la Maison-Blanche. Car c'est là une autre péripétie : Donald Trump s'en est mêlé ouvertement, qualifiant Herzog de « honteux » pour ne pas avoir encore accordé la grâce. Tel est le monde d'aujourd'hui : le président américain qui se comporte comme le directeur de campagne pour la libération d'un premier ministre ami qui pourrait être condamné.

La connexion Washington

Gardons cette connexion à l'esprit, car elle est cruciale pour les semaines à venir. Récemment, Netanyahou était de nouveau à la table de Trump à la Maison-Blanche. C'était sa sixième visite aux États-Unis depuis la réélection de Trump. Officiellement, il s'agissait des négociations avec l'Iran, pour lesquelles Netanyahou voulait poser des « principes » sur la table afin d'éviter que Trump ne soit trop mou. Officieusement, il s'agissait de bouées de sauvetage. Netanyahou sait pertinemment que sa survie politique est directement liée au soutien de Washington. Et Trump, lui, savoure le rôle de l'homme fort qui reçoit Netanyahou comme s'il était un allié plutôt qu'un client venu demander de l'aide.

Cela donne lieu à des scénarios étranges. Pendant que Netanyahou était à Washington, Israël bombardait des cibles en Iran, et Trump menaçait d'une « seconde armada » si les Iraniens ne cédaient pas. Ce n'est plus de la diplomatie ; c'est une démonstration de force conjointe. Mais la question cruciale est : que se passe-t-il lorsque cette force faiblit ? Ou quand Herzog prendra enfin une décision concernant cette grâce ?

Qui est vraiment Kobby Barda ?

Dans l'ombre de ces titans se trouve un nom que vous ne connaissez peut-être pas encore : Kobby Barda. Pour la plupart, ce n'est qu'un détail, mais ceux qui suivent le jeu depuis vingt ans savent qu'il est le secrétaire militaire de Netanyahou. En temps de guerre, c'est l'homme qui briefe le premier ministre, qui expose les options, qui surveille les lignes rouges. Mais en temps de procès, c'est aussi celui qui gère les documents, qui prépare les témoignages. Barda symbolise le double rôle intenable que tout l'entourage de Netanyahou doit jouer : protecteur de la nation et gardien de l'homme. La pression sur lui et son équipe est actuellement inimaginable. Ils doivent préparer le premier ministre à la prochaine étape de la guerre contre l'Iran, tout en s'occupant simultanément de la défense juridique dans un procès qui pourrait lui coûter sa carrière.

Regard économique : Qu'est-ce que cela signifie pour la région ?

Mettons un instant nos lunettes d'investisseur. Car derrière les gros titres et les drames judiciaires, l'argent réel circule. L'instabilité dans la région a un revers que nous devons surveiller :

  • Marchés de l'énergie : Les attaques directes contre l'Iran, et la rhétorique sur l'élimination des installations nucléaires et de missiles, maintiennent les prix du pétrole et du gaz à un niveau élevé. Pour les entreprises françaises du secteur de l'énergie, cela signifie une volatilité extrême, mais aussi des opportunités dans les voies d'approvisionnement alternatives.
  • Tech de défense : L'opération « Rugissement du Lion » est une vitrine pour la technologie militaire israélienne. La collaboration avec les États-Unis dans le domaine de la lutte anti-drones et de la cyberguerre ouvre grand la porte aux contrats de défense. Les acteurs français des secteurs de l'aérospatiale et de la cybersécurité feraient bien d'y regarder de près.
  • Risque pour la stabilité : Tant que la position de Netanyahou dépend de la prolongation de la guerre (car l'unité en temps de crise est sa bouée de sauvetage), la région reste imprévisible. Cela dissuade les investissements à long terme dans les infrastructures et le tourisme, sauf pour ceux qui osent parier sur la reconstruction d'après-guerre.

L'avenir de l'homme Téflon

Netanyahou a toujours eu quelque chose de magique : les guerres allaient et venaient, les procès s'accumulaient, mais il restait collé au pouvoir. Cette fois-ci, le cocktail est cependant plus explosif. La combinaison d'une menace physique (l'Iran), d'une bombe à retardement judiciaire (le procès) et d'une dépendance à un allié américain imprévisible (Trump) est nouvelle. Il a redoré son image de M. Sécurité avec les frappes aériennes, mais c'est une fine couche de vernis sur des fondations qui pourrissent. Dans les semaines à venir, lorsque la fumée de l'opération « Rugissement du Lion » se dissipera et que le tribunal de Tel Aviv l'appellera à nouveau, nous verrons si la ligne de crête sur laquelle il marche est assez solide pour le maintenir au-dessus du gouffre. Pour l'instant, il est encore dans le cockpit. Mais la navigation se complique de minute en minute.