À l’ombre de Sunshine City : après le drame du centre Pokémon d’Ikebukuro, peut-on encore croire en la « lumière » ?
Cet après-midi, le temps à Tokyo était presque irréel, d’une clarté déconcertante. Le soleil frappait la façade vitrée de Sunshine City, y dessinant des reflets éclatants. Je me souviens de la première fois que je suis venu ici, gamin, trouvant cette « Cité du Soleil » incroyablement vaste, un labyrinthe où l’on pouvait passer des heures sans en voir le bout. Qui aurait cru qu’en ce jeudi ordinaire, cet endroit chargé de tant de souvenirs deviendrait le théâtre d’une telle tragédie ?
Une après-midi de terreur : l’heure la plus sombre de Sunshine City
Vers midi, au Pokémon Center TOKYO de Sunshine City, ce lieu habituellement empli des rires d’enfants échangeant des cartes, un couteau a tout brisé. Un homme s’est introduit dans la boutique, attaquant le personnel avec une violence inouïe, ôtant la vie à une employée sur le coup. L’assaillant s’est ensuite donné la mort avec la même arme. Tout est allé si vite que nous, suivant les informations en temps réel, n’avons pas eu le temps de réaliser avant que l’image ne se fige sur les rubans de sécurité et les gyrophares des ambulances.
J’ai aussitôt appelé mon ami Qiang, qui tient une boutique à Ikebukuro. Sa voix tremblait. « J’ai d’abord cru que quelqu’un avait heurté un truc, puis j’ai vu les gens courir dans tous les sens, raconte-t-il. Des jeunes filles hurlaient “un couteau ! un couteau !”, en larmes. J’ai fermé ma boutique, je tremblais encore. C’est Sunshine City ici, l’endroit où on a grandi. Comment un truc pareil a-t-il pu arriver ? »
Les mots de mon ami font écho au sentiment de nombreux Tokyoïtes. Sunshine City, de par son nom même, incarne la lumière, la joie et l’effervescence. Le Pokémon Center qu’elle abrite est un refuge pour beaucoup, là où l’on faisait la queue pour une peluche exclusive, où l’on jouait entre amis : des rituels de notre quotidien. Mais aujourd’hui, ce quotidien a volé en éclats.
Les deux visages de la Cité du Soleil : du « Prince Hôtel » à la « Fontaine du Silence »
Sunshine City est elle-même chargée d’histoire. Construite sur le site de l’ancienne prison de Sugamo, sa renaissance d’un lieu désolé en un quartier animé tient du conte de fées. De nombreux touristes choisissent le Sunshine City Prince Hôtel pour son emplacement idéal, avec son aquarium, son observatoire et ses innombrables commerces juste en bas. Quand des amis de Hong Kong viennent, je leur recommande toujours Sunshine City Tendon Tenya au rez-de-chaussée, pour leurs tendon (bol de tempura sur riz) d’un excellent rapport qualité-prix. Après ça, direction les boutiques de figurines : pour moi, c’était la journée parfaite.
Mais la vie est parfois cruelle : les endroits les plus lumineux projettent aussi les ombres les plus sombres. Cette affaire me fait penser au livre The Fountains of Silence. Il raconte comment, sous une dictature, un calme apparent et une prospérité de façade peuvent dissimuler d’innombrables non-dits. L’incident de Sunshine City n’a, certes, rien d’un complot politique, mais il a déchiré notre réalité. Nous pensions ces grands centres commerciaux sûrs, nous imaginions le Pokémon Center comme un sanctuaire sans souci, et la réalité nous a brutalement rappelés à l’ordre.
Peut-être avons-nous tous besoin d’un endroit pour nous ressourcer. Certains se tourneront vers un livre, comme The Pumpkin Spice Café (Dream Harbor, Book 1), vu récemment en librairie, pour se réfugier dans un monde romanesque, loin de la brutalité du réel. D’autres, comme moi maintenant, se tiendront sur la passerelle en face de Sunshine City, à contempler ses lumières, essayant de renouer avec les sensations d’antan.
Après le drame : les blessures et les questionnements d’un quartier
Ces dernières années, le Japon a connu plusieurs attaques similaires, semant l’inquiétude. Des riverains rapportent que la police enquête encore sur le mobile de l’assaillant. Nous ne saurons peut-être jamais ce qui a poussé un homme à détruire sa vie et celle d’autrui de façon aussi radicale.
Mais en tant que personne vivant ici depuis dix ans, ce que je vois, c’est que les liens communautaires sont plus précieux que jamais. Immédiatement après les faits, la direction de Sunshine City a annoncé la fermeture temporaire du complexe, et les commerces alentour ont spontanément proposé leur aide. Sur les réseaux sociaux, je vois de nombreux messages : plutôt que de céder à la panique ou aux accusations, les gens s’encouragent mutuellement à la vigilance, expriment leur soutien à la famille de la victime. Beaucoup d’enfants ont même posté des dessins de Pikachu et Évoli pour réconforter les personnes touchées.
Ces petites lueurs de chaleur humaine sont peut-être ce dont nous avons le plus besoin, sous l’ombre projetée sur cette « Cité du Soleil ».
- Récapitulatif des faits :
- Heure : Midi, le 26 mars 2026
- Lieu : Pokémon Center TOKYO, Sunshine City, Ikebukuro, arrondissement de Toshima, Tokyo
- Bilan : Une employée décédée, l’assaillant s’est ensuite donné la mort
- Enquête : Sunshine City a été bouclée, la police enquête activement
Nous parlons constamment de « sécurité », mais c’est une chose fragile. Après ce qui s’est passé aujourd’hui, Sunshine City n’est plus seulement pour moi un lieu pour flâner, manger ou faire du shopping. Elle porte désormais une cicatrice, un rappel que chaque jour ordinaire est un don. Recommanderai-je encore à mes amis de séjourner au Sunshine City Prince Hôtel ? Ferai-je encore la queue au Sunshine City Tendon Tenya ? Peut-être que oui, peut-être que je préférerai m’en éloigner un temps, laisser le temps faire son œuvre. La vie continue, le soleil se lèvera demain. Mais notre regard en sa direction sera peut-être empreint d’une émotion plus complexe.