Mojtaba Khamenei : l'héritier du trône iranien à l'heure des tensions régionales
Au cœur de la récente escalade militaire entre l'Iran et les États-Unis, alors que des drones survolent le ciel de Téhéran et que les menaces mutuelles avec Israël s'intensifient, un nom longtemps resté dans l'ombre refait surface et s'impose désormais au premier plan : Mojtaba Khamenei. Le deuxième fils du Guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, est largement considéré comme l'un des principaux prétendants à la succession de son père à la tête de l'État. Dans cette analyse, nous plongeons dans les coulisses de cet homme, en les reliant aux courants intellectuels et politiques qui façonnent l'identité de l'Iran, et à leur impact sur les pays du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis.
Qui est Mojtaba Khamenei ? L'homme de l'ombre sort de la lumière
Mojtaba Khamenei, né en 1969, n'est pas seulement le fils du leader, il est un rouage essentiel du système de gouvernement iranien. Contrairement à son frère aîné Mohammad, qui est resté loin des projecteurs, Mojtaba a choisi de suivre la voie de son père, armé du turban vert des sayyid, qui lui confère une aura religieuse, et de relations étroites avec les Gardiens de la révolution iraniens. On pense qu'il a joué un rôle central dans la répression des soulèvements populaires de 2009 et 2019, ce qui lui a valu la réputation d'"homme fort" au sein de l'establishment sécuritaire. Mais la question se pose : parviendra-t-il à franchir la ligne rouge tracée par le grand imam Khomeini, celle de ne pas hériter du pouvoir ? Nous évoquons ici le petit-fils de Khomeini, Hassan Khomeini, récemment apparu vêtu de noir et brandissant l'étendard de Hussein, un signe clair qu'il est toujours présent dans l'équation, malgré son éviction de la supervision du séminaire scientifique de Qom. La lutte entre le courant de Mojtaba et celui de Hassan Khomeini représente un conflit entre "l'héritage politique" et l'autorité religieuse classique.
La pensée islamique dans le Coran : du texte à l'application politique
Le régime iranien s'est toujours appuyé sur le concept de "Velayat-e faqih" (gouvernance du juriste théologien), qui puise ses racines dans la pensée islamique du Coran, mais a été soumis à des interprétations révolutionnaires. Cette pensée, adoptée par le grand Khomeini, est devenue un outil politique par excellence. Il est impossible de comprendre l'émergence de courants tels que le Hamas ou le djihadisme dans le monde musulman sans examiner les interactions de l'Iran avec eux. Téhéran se présente comme le protecteur de la cause palestinienne et soutient les mouvements de résistance, tout en exportant un modèle de gouvernance fondé sur la centralité du guide. Les massacres du XXe siècle en Égypte perpétrés par des groupes extrémistes, étudiés par les chercheurs sous le thème de l'extrémisme islamique en Égypte : racines historiques, font partie du paysage plus large du réveil islamique qui a basculé dans la violence. L'Iran, bien qu'opposé à Al-Qaïda sunnite, a bénéficié du chaos laissé par ces courants pour renforcer son influence dans la région.
L'Iran et son expansion : du Hamas au djihadisme en Amérique et en Europe
Le danger iranien ne se limite pas à ses frontières, mais s'étend par ses proxies dans la région. Le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban, les Hachd al-Chaabi en Irak, sont tous des bras armés de l'Iran. Plus préoccupante encore est la question de l'extrémisme islamique aux États-Unis et en Europe. Dans les capitales occidentales, en particulier à Londres, existent des centres de dialogue et de négociation officieux avec ces courants. Londres, qui fut un refuge pour de nombreux islamistes, est devenue une scène d'échanges de messages entre Téhéran et l'Occident, notamment dans le dossier des négociations sur le nucléaire. Aujourd'hui, avec l'escalade rhétorique entre la Maison-Blanche et Tel-Aviv d'une part, et Téhéran d'autre part, ces canaux officieux refont surface, mais avec moins d'efficacité.
Les groupes extrémistes nés en Afghanistan et en Irak, sous l'étiquette du djihadisme, ont parfois trouvé en l'Iran un allié inattendu. Téhéran a en effet mené un jeu complexe : soutenir les talibans contre les Américains, tout en combattant Daech en Syrie et en Irak. Ce double jeu reflète le pragmatisme du régime iranien, aujourd'hui dirigé par des hommes comme Mojtaba Khamenei, qui voient dans "l'exportation de la révolution" un projet stratégique non négociable.
L'avenir du Golfe : entre choc des puissances et opportunités d'apaisement
Les pays du Golfe, au premier rang desquels les Émirats arabes unis, observent avec une vive inquiétude les événements en Iran. Toute transition de pouvoir à Téhéran, qu'elle soit pacifique ou violente, aura des répercussions majeures sur la sécurité du Golfe. Si Mojtaba Khamenei accède au pouvoir suprême, il est probable que les politiques actuelles se poursuivent, voire se durcissent, ce qui signifierait la persistance des menaces sur la navigation dans le détroit d'Ormuz et le soutien continu aux milices au Yémen. Mais il y a toujours un espoir que les élites iraniennes réalisent que leur stabilité économique est liée à la stabilité de la région. C'est sur ce levier que travaille la diplomatie d'Abou Dhabi : construire des ponts de confiance et proposer un modèle de développement alternatif au modèle révolutionnaire.
Qui profite de l'escalade ?
Dans le jeu des nations, il y a toujours des profiteurs de guerre. Plusieurs parties pourraient bénéficier de la persistance des tensions :
- L'industrie de l'armement : Des entreprises mondiales comme Lockheed Martin attendent de nouveaux contrats avec l'Arabie saoudite et les Émirats pour renforcer les systèmes de défense aérienne.
- Les marchands d'énergie : La hausse des prix du pétrole profite aux producteurs, mais menace la croissance mondiale et accentue les pressions inflationnistes.
- Les groupes extrémistes : Le chaos alimente l'extrémisme, lui apporte de nouveaux recrues et reproduit un discours rigoriste de la pensée islamique dans le Coran.
C'est cette froide logique de calculs qui perpétue le conflit, malgré les pertes humaines et économiques. Mais, Mojtaba Khamenei pourrait-il être différent ? Les religieux de Qom pourraient-ils imposer une nouvelle vision, relisant la pensée islamique dans le Coran en la déconnectant de son exploitation politique ?
Conclusion : une lecture de la scène depuis Dubaï
Depuis notre position à Dubaï, capitale des affaires et de la finance au Moyen-Orient, nous voyons que les enjeux sont énormes, mais les opportunités le sont tout autant. Les investisseurs avisés observent les mouvements de Mojtaba Khamenei et de Hassan Khomeini, car ils détermineront les contours de l'Iran post-Khamenei. Si l'Iran cherche à s'ouvrir, le Golfe sera en première ligne des bénéficiaires ; s'il poursuit l'escalade, le Golfe restera une terre d'accueil pour les investissements sûrs, soutenu par la vision avisée de ses dirigeants. Le marché ici s'adapte à tous les scénarios, et c'est là le secret de sa résilience. Nous ne souhaitons pas la guerre, mais nous y sommes préparés, tout comme nous le sommes pour la paix. Et en tout état de cause, suivre les courants de l'extrémisme islamique et les mutations du djihadisme restera un élément fondamental de toute stratégie d'investissement et de sécurité à long terme.