Action Cenovus : Pourquoi l'argent intelligent parie de deux manières différentes sur l'énergie canadienne
Vous vous souvenez de l'été dernier ? Le monde financier était obsédé par cette énorme panne informatique qui a fait chuter l'action CrowdStrike de 13% en une seule séance. Un rappel brutal que même les valeurs technologiques les plus en vue peuvent s'effondrer du jour au lendemain. Mais pendant que tout le monde était concentré sur le NASDAQ, une tout autre histoire se construisait tranquillement du côté des sables bitumineux. Et si vous avez suivi les récentes déclarations financières émanant de Bay Street, vous savez que cette histoire arrive à un tournant critique.
La valeur que tout le monde surveille est Cenovus Energy (NYSE:CVE, TSX:CVE). La semaine dernière, un fascinant bras de fer s'est joué entre des poids lourds institutionnels, juste à l'ombre de la Stock Exchange Tower à Toronto. Il ne s'agit pas de transactions aléatoires dictées par des algorithmes ; ce sont des mouvements délibérés, où le doigt est sur le bouton, qui en disent long sur la direction que l'argent intelligent voit pour le pétrole.
La grande divergence institutionnelle
Revenons sur les faits. Le 1er mars, MUFG Securities Canada Ltd a déclaré avoir réduit sa position. Une classique prise de bénéfices, peut-être, ou un rééquilibrage de portefeuille. Mais ensuite, on regarde ce qui s'est passé seulement 48 heures plus tôt. Le 28 février, Ninepoint Partners LP a pris le chemin inverse – et de manière significative – en acquérant pas moins de 2 940 000 actions. Ce n'est pas un simple achat, c'est une prise de position ferme.
Et on ne peut ignorer la manœuvre de KJ Harrison Partners Inc, qui a cédé 46 000 actions le 27 février. Donc, en l'espace de trois jours ouvrables, nous avons assisté à une vente, un achat massif et une autre vente. Cela ressemble à du chaos, mais pour un observateur chevronné, cela évoque un événement de liquidation. Les mains faibles – ou ceux avec des mandats spécifiques – sortent, pendant que des fonds "deep-value" comme Ninepoint doublent la mise.
Pourquoi Cenovus ? Et pourquoi maintenant ?
Pour comprendre cette divergence, il faut revenir aux fondamentaux. Je me souviens encore d'avoir écouté la Conférence téléphonique trimestrielle de Cenovus Energy (NYSE:CVE) pour le T3 2019. À l'époque, le ton était prudent, entièrement axé sur la réduction de la dette et l'efficacité opérationnelle. Aujourd'hui, cette discipline a porté ses fruits. Le bilan est sans doute le plus solide depuis une décennie, et le modèle intégré – en particulier les actifs de raffinage – offre un coussin que n'ont pas les producteurs purs comme Ovintiv.
Ovintiv est une excellente société, sans aucun doute. Mais Cenovus possède ce que Ovintiv n'a pas : une couverture avale massive. Lorsque les écarts de prix (cracks) du WTI se creusent, les raffineries de Cenovus dans le Midwest américain font des merveilles. C'est un profil de risque différent, et pour l'instant, le marché semble valoriser cette stabilité.
Le fantôme de Canexus et le piège de la valeur
Tout investisseur chevronné au Canada se souvient de la saga Canexus – un rappel que les entreprises liées aux matières premières peuvent vous brûler si la direction se trompe dans l'allocation du capital. Cenovus, sous sa direction actuelle, a appris ces leçons indirectement. Ils ne paient pas trop cher pour la croissance ; ils rachètent leurs actions et remboursent les derniers reliquats de dette. C'est exactement le genre de maturité ennuyeuse et rentable qui attire des sociétés comme Ninepoint.
Alors, qui a raison ? Les vendeurs ou les acheteurs ? Décomposons la thèse :
- La thèse haussière (le point de vue de Ninepoint) : Les prix du pétrole restent structurellement soutenus par la discipline de l'OPEP+ et la baisse de la production américaine de schiste. Cenovus se négocie avec une décote par rapport à ses pairs américains malgré des marges intégrées supérieures. La société continuera de redistribuer du cash aux actionnaires via des rachats d'actions et des dividendes, ce qui en fait une valeur de rendement avec un potentiel de hausse.
- La thèse baissière/du vendeur (MUFG & KJ Harrison) : Les inquiétudes concernant la demande mondiale (bonjour le ralentissement manufacturier) pourraient peser sur les prix. Peut-être se réallouent-ils vers la technologie après la déroute de CrowdStrike, ou pensent-ils simplement que la récente progression du secteur de l'énergie est excessive et veulent verrouiller des gains avant la volatilité du T2.
Lire entre les lignes à Bay Street
Dans le quartier financier, à quelques pas de la Stock Exchange Tower, on murmure qu'il s'agit d'une classique rotation entre "ceux qui ont et ceux qui n'ont pas". Les capitaux sortent des histoires technologiques à forte croissance sans bénéfices pour s'installer dans des machines à générer du cash. Cenovus correspond parfaitement à ce profil. Le fait que Ninepoint – une firme réputée pour son analyse rigoureuse – ait choisi ce moment pour faire le plein m'indique qu'elle voit un catalyseur à court terme. C'est peut-être la saison des arrêts techniques (turnaround) printaniers, ou peut-être simplement un écart de valorisation devenu trop important pour être ignoré.
Pour l'investisseur particulier qui observe de loin, le message est clair : la volatilité crée des opportunités. Les récentes déclarations montrent que les institutionnels font leurs choix. Que vous soyez du côté des vendeurs MUFG ou des acheteurs Ninepoint, une chose est certaine – l'action Cenovus est au centre des discussions pour quiconque s'intéresse sérieusement à l'énergie canadienne. Les prochaines semaines, alors que nous nous dirigeons vers le T2, nous diront qui a placé le pari le plus judicieux.