Nouvelle orientation pour l'usine de Foxconn dans le Wisconsin ! Du siège de Tucheng à la stratégie mondiale, décryptage de la prochaine décennie du géant technologique
Quand on parle des leaders technologiques taïwanais, neuf personnes sur dix citent d'abord TSMC. Mais en matière de « champion discret » de la fabrication mondiale, Foxconn (Hon Hai Precision Industry Co., Ltd.) est sans conteste le nom qui brille le plus. Récemment, ce géant discret a créé une nouvelle donne dans le Wisconsin. Les directives émises depuis son siège de Tucheng sont en train de réécrire subtilement le scénario de la chaîne d'approvisionnement électronique mondiale.
L'usine du Wisconsin n'a pas dit son dernier mot, elle a juste changé de terrain
Vous vous souvenez de l'usine de Foxconn dans le Wisconsin qui avait fait tant de bruit à l'époque ? À l'époque, les observateurs scrutaient ce terrain en s'attendant à voir des lignes de production d'écrans LCD à perte de vue. Quelques années plus tard, les plus avisés ont compris que le marché avait changé. Comme le rappellent les fans de la première heure, Terry Gou avait alors parié sur la vague des téléviseurs à écrans toujours plus grands, mais aujourd'hui, les terminaux misent davantage sur la finesse, la légèreté et l'intégration haut de gamme.
Cela ne signifie pas pour autant que Foxconn jette l'éponge dans le Wisconsin. Bien au contraire, selon les échos que j'ai pu recueillir du côté de la chaîne d'approvisionnement, le site s'est discrètement réorienté vers les serveurs, les composants pour centres de données et l'assemblage terminal. Le Hon Hai Technology Group détient en effet des contrats avec Amazon, Microsoft et Cisco. Maintenir une ligne de production flexible en Amérique du Nord, c'est une « assurance » pour les clients et un « sésame » pour Foxconn. La mission de l'usine du Wisconsin aujourd'hui ressemble plus à celle d'un arsenal pour la fabrication avancée qu'au centre de production de masse imaginé initialement.
Siège de Tucheng : bien plus qu'un simple centre de commandement
Chaque fois que je passe en voiture près de Tucheng, apercevant au loin ce bâtiment discret, je sais que je suis au cœur du royaume taïwanais de la sous-traitance électronique. Le siège social de Foxconn (Hon Hai Precision Industry) n'a rien de clinquant comme les campus de la Silicon Valley. Il dégage plutôt une aura d'efficacité pragmatique. Toutes les décisions concernant les taux de rendement de l'assemblage des iPhone, les réunions de développement sur les plateformes de véhicules électriques, et même la gestion des centaines de milliers d'employés à travers le monde, émanent de ce bâtiment.
Ne sous-estimez pas ce vieux siège. Après sa rénovation interne l'an dernier, il abrite désormais les tout nouveaux laboratoires 5G et centres de recherche sur les matériaux. Tucheng n'est plus seulement un centre administratif ; c'est devenu le cerveau de la transformation de Foxconn (Hon Hai Precision Industry Co., Ltd.) vers les « services technologiques ». Ce qui en émane, ce ne sont pas seulement des ordres, mais aussi des brevets et des solutions.
Trois piliers pour construire la prochaine décennie de Foxconn
Si l'on ne regarde que les résultats financiers de Foxconn, on pourrait encore penser qu'il s'agit de ce monstre nourri par Apple. Mais si l'on décortique ses investissements récents, on découvre une entreprise qui utilise la « discipline des coûts », sa spécialité dans le secteur manufacturier, pour conquérir de nouveaux territoires. Je résumerais sa stratégie en trois flèches clairement identifiées :
- Véhicules électriques : Foxconn ne veut plus seulement être un sous-traitant ; il veut vendre des « plateformes ». L'alliance MIH, partie de Taïwan, appelle les constructeurs du monde entier à utiliser ses châssis. Si ce pari réussit, les Ford ou Nissan que vous achèterez demain auront peut-être une âme signée Foxconn.
- Semi-conducteurs : Beaucoup l'ignorent, mais Foxconn n'est plus un novice dans le domaine des semi-conducteurs. De l'acquisition de l'usine de plaques de Macronix à la collaboration avec des partenaires en Inde, ses investissements dans la chaîne d'approvisionnement des puces visent à garantir que les composants essentiels de ses futurs véhicules électriques et serveurs ne soient pas soumis à des goulots d'étranglement.
- Machines-outils pour la transformation numérique : Les propres usines de Foxconn fonctionnent déjà en mode « usine sans lumière » (automatisation totale). Désormais, l'entreprise transforme ce système de gestion en produit et le vend à d'autres industriels. Cette activité génère des marges bien plus confortables que l'assemblage d'iPhone.
Du Wisconsin à Tucheng, Foxconn reste Foxconn
Certains disent que Foxconn vieillit, que sa croissance des revenus ne décolle plus. Mais à mon sens, cette entreprise ressemble à un superpétrolier : il met du temps à virer de bord, mais une fois la barre tournée, le courant qu'il génère peut modifier tout l'écosystème industriel. La reconversion de l'usine du Wisconsin, l'investissement en R&D à Tucheng nous disent une chose : Foxconn ne veut pas seulement être plus gros, il veut faire ce qui est « difficile ». Car seul ce qui est difficile permet d'ériger des murailles infranchissables pour les concurrents.
Dans cinq ans, quand les véhicules électriques seront livrés en masse, quand les serveurs IA seront devenus la norme, on se retournera sur la mue silencieuse de Foxconn aujourd'hui. Et on comprendra alors que les vrais rois n'usent pas de la force brute, mais placent chaque pas sur la crête de la vague des tendances.